Le marché locatif est en pleine mutation. Depuis l’entrée en vigueur de la loi Climat et Résilience, les règles liées au diagnostic de performance énergétique (DPE) bouleversent les pratiques des bailleurs et des professionnels de l’immobilier.
Et alors que les logements classés G sont déjà interdits à la location depuis 2025, un nouveau projet de loi pourrait rebattre les cartes en autorisant temporairement leur remise sur le marché sous conditions de rénovation.
Pour les agences immobilières et administrateurs de biens, ces évolutions représentent à la fois des risques importants… mais aussi de réelles opportunités de conseil et de développement.
1. Contexte réglementaire : le calendrier DPE à connaître
Le DPE est devenu un pilier central de la réglementation immobilière. Depuis 2021, il est opposable juridiquement, ce qui signifie que les informations qu’il contient engagent la responsabilité du bailleur… et indirectement celle de l’agence.
Les grandes échéances
- Depuis janvier 2025 : interdiction de louer les logements classés G
- 2028 : interdiction prévue pour les logements classés F
- 2034 : extension aux logements classés E
En parallèle :
- Gel des loyers pour les biens F et G depuis 2022
- Critère de décence énergétique renforcé
Objectif : sortir progressivement les “passoires thermiques” du parc locatif.
Conséquence immédiate
Cette réglementation a déjà entraîné :
- Une baisse de l’offre locative
- Des arbitrages patrimoniaux (vente vs travaux)
- Une tension accrue sur certains marchés
2. Le nouveau projet de loi : un assouplissement sous conditions
Face à la crise du logement et à la raréfaction des biens disponibles, le gouvernement envisage un ajustement.
Ce que prévoit le projet de loi
Le texte en discussion propose :
- La réautorisation temporaire de la location des logements F et G
- Sous condition d’un engagement de rénovation énergétique
- Avec un délai de travaux de 3 ans environ
Dans certains cas :
- Jusqu’à 5 ans pour les copropriétés complexes
L’objectif est clair :
maintenir une offre locative suffisante tout en poursuivant la transition énergétique.
Une logique de compromis
Ce projet de loi traduit un équilibre entre :
- Enjeu écologique (réduction des émissions)
- Enjeu économique (maintien du marché locatif)
- Enjeu social (accès au logement)
3. Les risques pour les bailleurs et les agences
Même avec cet assouplissement, les risques restent élevés.
Risques juridiques
- Non-respect de l’engagement de travaux
- Litiges locataires (logement indécent)
- Remise en cause du bail
Depuis 2025, un logement G est juridiquement considéré comme non décent
Une agence qui commercialise ou gère ce type de bien sans vigilance peut voir sa responsabilité engagée.
Risques commerciaux
- Perte de valeur des biens énergivores
- Difficulté à louer rapidement
- Image dégradée pour l’agence
Risques opérationnels
- Suivi complexe des engagements travaux
- Multiplication des cas particuliers (copropriété, contraintes techniques)
- Charge administrative accrue
4. Les opportunités pour les professionnels
Là où il y a contrainte… il y a aussi opportunité.
Positionnement en conseil stratégique
Les agences peuvent devenir :
- Conseillers en rénovation énergétique
- Accompagnateurs de projets travaux
- Intermédiaires avec artisans et bureaux d’études
Développement de nouveaux services
- Audit énergétique simplifié
- Estimation de budget travaux
- Accompagnement MaPrimeRénov’
- Montage de dossiers
Valorisation du portefeuille
- Revalorisation des biens rénovés
- Fidélisation des bailleurs
- Acquisition de nouveaux mandats
Un bien rénové devient :
- Plus attractif
- Plus rentable
- Plus sécurisé juridiquement
5. Anticiper 2028 : un enjeu stratégique majeur
Même si le projet de loi apporte un répit, il ne change pas le fond :
👉 Les logements F seront interdits à la location en 2028
Cela signifie que :
- Le stock de biens concernés reste important
- Le besoin d’accompagnement va exploser
Conclusion : une transformation du métier d’agent immobilier
Le DPE n’est plus un simple document technique.
C’est devenu un levier stratégique pour :
- sécuriser les transactions
- développer de nouveaux services
- renforcer la relation client
Les agences qui tireront leur épingle du jeu seront celles qui :
- anticipent les évolutions réglementaires
- structurent leurs process
- s’équipent d’outils performants
Plus qu’une contrainte, c’est une opportunité de repositionnement vers un rôle de conseil à forte valeur ajoutée.
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